
Aussi loin que je puisse m'en souvenir, l'OM a toujours fait partie de ma vie. Issu d'une région où le club est une religion pour beaucoup, je suis en plus de cela tombé dans une famille dans laquelle supporter l'OM est une tradition depuis des générations. Un grand père fidèle malgré vents et marées (descentes en D2...), un oncle abonné depuis son adolescence, et un père peut être un peu moins fan mais toujours intéressé par les résultats de l'équipe. Ainsi, mes gènes portaient incontestablement en eux l'amour du foot et du club olympien.
J'ai de plus la chance de commencer à supporter l'équipe dans ses plus belles heures. Si je suis un peu jeune pour me souvenir des premiers événements marquants de l'ère Tapie (le doublé Championnat - Coupe de France en 1989, la fameuse main de Vata en 1990 contre Benfica en demi-finale de Coupe des Clubs Champions...), mes premiers souvenirs apparaîssent quand j'arrive à l'âge de 6 ans. Et ces premiers souvenirs, je dois le dire, restent inoubiables, mais pas par leur beauté. C'est tout d'abord cette terrible séance de penalty en finale de Coupe d'Europe contre l'Etoile Rouge de Belgrade de Savicevic (que personnellement je n'ai pas voulu regardé à l'époque), et l'abominable tragédie de Furiani. Je me souviens avoir été d'abord seulement déçu par le fait que le match n'ait pas lieu. A 6 ans, on ne prend pas tout de suite conscience de la gravité des événements. Ces situations auraient pu me dégoûter du foot, mais ce qui suivit me fit vite oublier ces quelques désillusions.
L'OM de l'époque était un véritable rouleau compresseur qui n'avait peur de personne. Certains des meilleurs joueurs du monde, un président au charisme énorme, des supporters dans la France entière, il est vrai qu'il n'était pas difficile à l'époque de supporter l'OM. Et malgré mon entourage, c'est d'abord dans les grandes équipes et dans les vainqueurs que l'on s'identifie quand on est enfant. Je n'ai évidemment pas échappé à la règle, mais la chance a voulu que je puisse en plus à l'époque rencontrer mes héros. Habitant à l'époque à Digne-les-Bains, le club avait pris l'habitude d'effectuer chaque année sa préparation d'avant saison dans ma ville. Et mes premiers souvenirs réels se trouvent ici, et pas au stade Vélodrome, que je fréquenterais ensuite assidûment dans le futur. Ainsi, je me souviens encore des autographes reçus par mes plus grandes idoles de l'époque (Waddle bien sûr, mais aussi JPP ou Boli), du refus d'Olmeta de prendre une photo avec ma soeur (...), ou encore du refus (véridique !!) d'un stadier de laisser Franz Beckenbauer, entraîneur à l'époque, accèder à la pelouse du stade où s'entraînait son équipe !!!

Les victoires s'enchaînent et il n'est vraiment pas difficile à l'époque de se lever le dimanche matin pour regarder Téléfoot glorifier la domination marseillaise sur le foot français et européen. Le point d'orgue de cette époque demeure bien sûr la victoire en Coupe d'Europe contre le grand Milan le 26 mai 1993. Une victoire qui pour moi était acquise bien avant le début du match tellement je voyais l'OM imbattable. Aujourd'hui, la raison a repris le dessus et je ne peux m'empêcher de frémir quand il m'arrive de repenser à ce match et surtout à l'adversaire de l'époque... A ma décharge, j'avais assisté quelques jours auparavant (le 1er mai si mes souvenirs sont bons) à mon premier match au Vélodrome face à Strasbourg sous une pluie battante. Score final : 5-0, avec notamment un coup-franc énorme de Franck Sauzée... De mémoire, je n'ai jamais revécu une telle correction de mes propres yeux au Vél. La nuit suivant le triomphe munichois restera pour toujours gravée dans ma mémoire...
Mais c'est en fait une autre affaire qui allait focaliser l'attention et inverser subitement le cours de l'histoire. Je me rappelle de la première fois où j'ai entendu parler de l'affaire VA-OM. Et encore là, mon jeune âge et ma passion prirent le pas sur l'inquiétude, et pas une seconde je n'ai pensé à l'époque voir mon club souffrir autant qu'il n'a souffert. Mais pas une seconde non plus je n'en ai voulu aux dirigeants, et jamais mon engouement pour ce club qui m'a fait tant rêvé n'a fléchi. Bien sûr, passer d'une finale de Coupe d'Europe à un match de D2 était difficile à admettre, malgré tout je crois réellement que mon amour pour le club a véritablement commencé pendant ces deux années de "purgatoire". Deux années ponctuées par quelques beaux souvenirs, deux demi-finales de Coupe de France, un beau parcours en Coupe de l'UEFA avec notamment deux victoires face à l'Olympiakos. J'admirais cette équipe et ces joueurs qui mouillaient vraiment le maillot (Cascarino, Dib...). La première année de retour dans l'élite a bizarrement été la plus pénible, peut être parce que l'OM ne dominait plus son sujet (11ème finalement) alors que j'avais toujours été habitué à voir une équipe qui gagnait (en D1, D2, ou Coupe d'Europe).
L'arrivée de Laurent Blanc aura été un tournant, il symbolisait pour moi le renouveau d'une équipe qu'on avait voulu détruire. Arrive ensuite la fameuse saison 1998-1999, si belle et si frustrante. Elle aura été l'occasion pour moi d'assister à mon second match de l'OM et à ma seconde victoire (4-0 contre Sochaux, avec des doublés de Ravanelli et de Camara). Résultat : un parcours superbe en Coupe de l'UEFA, et une défaite en finale pas si frustrante que ça tant la différence avec Parme était grande, et une deuxième place en championnat elle beaucoup plus difficile à accepter. Depuis, impossible pour moi de regarder un multiplex de L1 de la même manière, tant le dernier but bordelais au Parc dans les arrêts de jeu m'a fait mal. Et comme l'arrivée de Laurent Blanc m'était apparue comme un déclic, son départ pour l'Inter Milan m'a fait pressentir les diffcultés à venir.
Les souvenirs qui suivent ensuite sont bien plus difficiles. Tout d'abord, le dernier match de la saison à Sedan qui nous permet d'éviter la relégation (merci Baka !!!) à la différence de buts... La succession d'entraîneurs et de dirigeants ensuite, et cette incapacité à construire une équipe. Être supporter de l'OM devient alors difficile, tant les critiques et les railleries sont nombreuses, mais dans mon cas, ces pics n'ont fait que renforcer mon amour pour le club.
C'est en 2002 que je m'installe à Marseille pour continuer mes études. Et c'est tout naturellement, et malgré l'incapacité du club à remporter le moindre titre, que je décide de m'abonner avec mon beau frère au Vélodrome. Ce sera le Virage Depé et les MTP. La saison passe et l'OM réussit le tour de force de se qualifier pour la Ligue des Champions avec une équipe aux capacités limitées, tout en ayant pu prétendre au titre jusqu'à la dernière journée. Le spectacle offert est loin d'être exceptionnel, mais le club obtient de belles victoires mais subit aussi de belles déculottées (0-3 face au PSG, malgré tout un grand souvenir tant Ronaldinho a éclaboussé de toute sa classe le match dans une ambiance très surréaliste).

L'année suivante sera l'une des plus belles que j'ai vécu, ce même si l'OM ne gagne aucun titre et plonge à plusieurs reprises dans la crise. Pour avoir été mystérieusement effacé de la liste d'abonnés des MTP (...), je ne peux malheureusement pas me réabonner, mais j'aurais l'occasion de vivre la superbe épopée olympienne en Coupe de l'UEFA. Les matchs contre Liverpool et l'Inter font partie des plus impressionnants qu'il m'ait été donné de voir, tant sur le terrain que dans les tribunes. Je me souviendrai tout ma vie de l'acclamation qui nous a été réservée à la fin du match par les supporters des Reds (sans conteste les meilleurs au monde pour moi...), visiblement impressionnés par l'ambiance de feu du Vélodrome. Et que dire des Didier Drogba la la la...!!! La défaite contre Valence, vécue en direct du Vieux-Port, est très difficile à avaler et ma déception est grande. Malgré tout, l'expression "Fier d'être Marseillais" aura repris tout son sens pendant cette campagne européenne.
Aujourd'hui, supporter l'OM est toujours aussi beau et intense, quoi qu'on puisse en dire. Même si les titres se font attendre, même s'il est parfois difficile de comprendre comment est géré le club, je continuerai à soutenir mon équipe comme je le fais depuis toujours. Parce que l'OM fait partie de ma vie, parce que le club m'a fait vibré et qu'il m'a donné tant d'émotions et de souvenirs qu'il serait vraiment injuste de lui cracher dessus aujourd'hui. Je n'ai que faire des railleries et des traits d'humours de supporters d'autres équipes qui prétendent ne rien avoir à faire de l'OM mais qui sont toujours les premiers à descendre le club. J'ai été supporter dans les bons moments, mais je le suis surtout quand ça ne va pas, et c'est pourquoi je pense mériter le respect. Mais qu'importe, j'aime mon club et rien d'autre n'a d'importance. Allez l'OM !!!
NiKo